LA PROVENCE, Avignon, 19-07-2018

Par Floriane Boulghobra

Les touts petits aussi ont droit à du théâtre contemporain de qualité, et on s’en réjouit. Quasi muet, décor somptueux, bande son moderne et éclectique, de Chopin à Nick cave, et un thème: Une mère souvent très prise par son travail et un enfant qui s’accommode de cette absence physique par ses songes.

Jo s’endort dans un drap blanc trop grand pour son petit coeur, bercée par « Dis quand reviendras-tu » de Barbara. Sa maman, hôtesse de l’air, s’en est allée voyager à travers le monde mais aussi dans les rêves de Jo.

Cette maman qu’on chérie inconditionnellement et qui nous abrite sous sa cape de super héros ordinaire, dans le sommeil elle est cachée au recoin des fantasmes: un bateau en papier géant, une démesurée poupée russe, un perroquet à taille humaine qui se balance sur une enchanteresse balançoire, une chaise très très haute où l’ on peut se déployer roi du monde.

Autant de délicats et féeriques tableaux que d’exutoires d’émotions; colère, joie, tristesse, peur, appréhension, surprise.

La compagnie MAB, créée en 2014 par Marie Vauzelle, par son approche intimiste, ses inspirations variées et inaccoutumées ( Fellini, les frères Taviani, Bacon,Klein, ..) nous enrôle dans un voyage poétique face aux fondamentales questions existentielles. Si les touts petits ne les expriment pas encore, ils les ressentent déjà et leurs constructions oniriques en témoignent. Heureusement il n’y a pas que Oui-Oui pour les plus petits, et ceux là sont tout à fait capables de se réjouir et de s’émouvoir devant des spectacles plus subtils.

Spectacle familial à partir de 2 ans,du 19 au 29 juillet à 10h30, à L’ Ecole du spectateur, 5 place Louis Gastin, 06 24 42 17 07. Tarifs: 10, 7 et 5€.  www.laligue84.org

 

 

INFERNO – 24/07/2018

AVIGNON OFF – « Le rêve de Jo » – Jeune public – Cie MAB – A l’école du spectateur à 10h30

Des femmes de spectacle s’emparent d’un sujet qu’elles connaissent bien : la question de l’absence de la mère du nid familial pour des raisons professionnelles.

L’enfant joue. Ingenieure en armada, capitaine d’infanterie… si le corps et le costume de Charlotte Daquet jouent sur le stéréotype enfantin vite assimilé par les enfants, ce que ça raconte va à l’encontre ou depasse le prêt-à-penser.

La piece est montée comme un paquet cadeau, une boîte aux pans d’or dont se libèrent toutes les images fabriquées par l’inconscient. Et il y en a, des images ! Du gâteau d’anniversaire télécommandé au perroquet-ukulélé, de la pirogue de papier à la Matriochka grooveuse : on laisse aix enfants une place de regardeur qui fait le tableau pour construire les liens, les ponts, les connecteurs logiques entre les images fortes. La scène de la poupée russe / chanteuse multilingue est assez exeptionnelle dans la qualité de l’interprétation de Marie Vires : aussi bien technique que fantasmatique, c’est de la dentelle de comédie qu’on offre aux 3-5 ans. C’est assez rare et surtout très précieux.

Si les scènes s’enchaînent rapidement, la pièce ne cherche pas à séduire et donne aux enfants des sons et des images qui pourraient ne pas leur être destinés. Et pourtant, la chanson de Barbara raisonne comme un crève-coeur que tout enfant connaît du plus loin qu’il lui souvienne. Dis, quand reviendras-tu, maman longues jambes ? Le temps dilaté se rêve pendant 40 minutes de spectacle sans trop de mots mais avec beaucoup de sens.

Bruno Paternot